Population arrêtée : Résultats commentés

J’ai relevé le nom de 2038 individus après regroupement car il y a de nombreux doublons.
Parfois il y a plusieurs individus sous le même nom, car je n’ai rien trouvé concernant la famille.
3 étaient des collaborateurs ayant fait des dépositions auprès de la police, dont un semble finalement avoir été arrêté (Jean Oury). Ils ont néanmoins été inclus dans cette étude par commodité car cela n’aura pas une grande incidence sur les résultats.


Nationalité des personnes arrêtées

  • 1160 étaient "français de souche", soit ceci était précisé explicitement par leur état-civil, soit on peut le présumer car il s’agissait de fonctionnaires de police ou de militaires. 212 au moins (car ceci est précisé) étaient du département des Alpes-Maritimes.
  • 151 étaient naturalisés français
  • 534 étaient étrangers
  • 193 personnes : pas d’information sur leur nationalité, bien que la plupart étaient français compte tenu de leur nom. Mais je ne me suis pas livrée à des assimilations sur ce simple critère.

 
Si l’on fait abstraction des 193 personnes pour lesquelles je n’ai pas trouvé la nationalité (bien qu’une majorité soit française compte tenu du nom), on peut dire que les étrangers représentent 29 % des individus arrêtés et que la cible principale de la gestapo était les français qui ont représenté 71 % des arrestations.

Parmi ces 534 étrangers j'ai noté 115 polonais, 79 allemands ou autrichiens, 58 russes, 53 italiens, 42 turcs, 28 hongrois et 27 belges ou luxembourgeois.



Le motif des arrestations

  • Pour 659 individus le motif est clairement le fait d’être « de race juive » ou « de confession israélite » même si parfois il est noté « présumé » avant
  • 202 individus ont été arrêtés pour des faits en rapport avec la résistance : Cartes d’identité, vol d’essence, attentats, détention d’armes ou pour avoir aidé des juifs dont 38 communistes et 19 gaullistes, dont un gaulliste et juif.
  • Certains étaient arrêtés pour être liés à une personne recherchée. D’autres pour trafic de cartes alimentaires, de marchandises.
  • J'ai relevé  aussi 3 francs-maçons ou supposés  (Paul Sola, Eugène Courbet, Robert Thivin et Jules Guetschell par ailleurs juif).

 
Parmi les français arrêtés il y a eu beaucoup de policiers (43), des militaires français démobilisés ou en retraite (46) et 30 autres fonctionnaires (PTT, impôts), 5 fonctionnaires de justice et 5 personnalités politiques plus la famille Bourbon Parme.
Et bien sûr des journalistes :

  • Bourrely Ernest
  • Boussard Léon
  • Dehillotti Pierre
  • Hassan Alberto
  • Sorkine Leo Serge
  • Zims  Jean
Hormis ces catégories professionnelles particulières, les arrestations ont concerné toutes les classes de la société mais surtout :
  • les commerçants. J'ai relevé beaucoup de bijoutiers et de coiffeurs
  • Les artisans
  • les agriculteurs
  • les employés SNCF
 


Autres travaux sur le sujet

Jean-Louis Panicacci a publié un article "Les juifs et la question juive dans les Ales-Maritimes de 1939 à 1945"  dans la revue Recherches régionales 1983 (4) 85 pages (que l'on peut se procurer en ligne à cette adresse https://www.cg06.fr/documents/Import/decouvrir-les-am/rr86-1983-01.pdf), dans lequel j'ai extrait un paragraphe sur les statistiques de déportation ci après recopié :
En fait, les listes des convois Nice-Drancy ne portent que 1.820 personnes déportées au plus fort de la chasse au Juif, du 18 septembre au 15 décembre 1943, auxquelles nous pouvons ajouter une cinquantaine de "Monégasques" partis le 11 septembre, les 350 déportés de 1944 et les 664 d'août-septembre 1942, soit environ 2880 Juifs français et étrangers conduits a Drancy, ce qui représente 84 % de l'ensemble des 3.420 déportés azuréens, alors que les études de Suzanne Maron n'en fournissent que 827 sur 1.512, soit 57 % des départs (7), puis 1.977 sur 2.520, soit 78 % des départs (8). Si nous comparons avec les autres départements du sud-est, les Alpes-Maritimes arrivent largement en tête d'un bien triste classement, en raison de l'importance des déportés israélites, avec 3.420 devant les 2.241 des Bouches-du-Rhône, les 1.817 du Rhône, les 432 du Vaucluse, les 405 du Var (9)
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(7) Statistique de la déportation in Bulletin C.H.2\G.M. 163, mai 1967.
(8) Internés, déportés, fusillés des Alpes-Maritimes, Nice, 197
6 (carte).
(9) Bulletins C.H.2°.G.M. 201-207 et cartes de la Déportation

Les victimes collatérales

En dehors des violences policières, il faudrait signaler aussi la surmortalité due aux pénuries alimentaires notamment.
Jean-Lous Panicacci signale qu'en janvier 1941 il y eut 510 décès alors que la moyenne était de 350 car on mourrait de faim à Nice. La mortinatalité est aussi en hausse. Les médicaments étaient aussi absents. Les jeunes, les vieux, les malades étaient fragilisés, d'autant que les prix flambaient. Les jardins publics et les balconnières étaient transformés en potagers, mais cela ne suffisait pas à nourrir la population d'aurant qu'elle s'accroissait pas l'afflux de réfugiés. La question de l'approvisionnement dans le département a perduré jusqu'après la Libération. 
​Cette situation laisse imaginer la catastrophe qu'un tel conflit représenterait de nos jours, étant donné que les terres agricoles, historiquement situées dans la plaine du Var, sont désormais affectées aux grandes surfaces et les collines aux lotissements. Le département est aujourd'hui complètement dépendant du reste du monde.
Panicacci Jean-Louis. Le temps des pénuries (1939-1949) dans les Alpes-Maritimes. In: Cahiers de la Méditerranée, n°48, 1, 1994. Hommage à Alain Sainte-Marie. pp. 191-209.

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