Le Projet

La Gestapo avait "théâtralisé" la fin tragique de Séraphin Torrin et Angelo Grassi Place Massena pendus à des réverbères en invitant les niçois à venir les voir pour mieux les terroriser.
Ces 2 résistants victimes de la barbarie nazie ont été exposés de part et d'autre de l'avenue.
 
J’ai entrepris de mettre à l’honneur la mémoire de ceux qui ont souffert à Nice sous l’occupation allemande mais les documents disponibles sont difficilement accessibles.
 
Pour les morts de la guerre de 14-18, là les archives sont assez faciles à trouver car il n’y a pas d’embargo sur les dates, mais pour la période récente, les documents ne sont pas accessibles et de plus certaines personnes qui ont vécu ces évènements sont toujours vivantes.
 
Or, il existe une série de documents sur la période de l’occupation en ligne librement consultables sur le site des AD06 et numérisés par le Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine et le musée de l'Holocauste de Washington (http://www.ushmm.org/).
C’est une somme considérable de documents dont j’ai du mal à mesurer l’ampleur (mais qui doit comporter plus de 10.000 pages) et dont le dépouillement a été probablement en grande partie réalisé par Jean Kleinmann qui a soutenu une thèse à la faculté de Nice le 4 mars 2003 intitulée "la vie des juifs à Nice dans la deuxième guerre mondiale et leur déportation" dont le contenu est consultable à  l'adresse www.la-vie-des-juifs-a-nice.fr.

Signalons aussi le remarquable article sur le sujet de Riadh Ben Khalifa "Juifs et nazis dans les Alpes-Maritimes, septembre 1943-Août 1944" publié dans la revue Recherches régionales 2006 (182) 14 pages, accessible en ligne https://www.cg06.fr/documents/Import/decouvrir-les-am/recherchesregionales182.pdf


Il faut aussi signaler les nombreuses publications sur le sujet que l'on doit à  Jean-Louis Panicacci, spécialiste de l'histoire de la seconde guerre mondiale et qui a enseigné à l'Université de Nice.
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Pour commencer à dépouiller 3 registres soit 2956 pages, que l’on peut librement consulter sur le site des archives départementales des Alpes-Maritimes avec la cote 0166W 006 (1072 pages), 0166W 007 (1169 pages), 0166W 008 (715 pages) à cette adresse :
http://www.basesdocumentaires-cg06.fr/os-html/adam/home_elab.html.
Rubrique : archives administratives après 1940
Cote : 0166W 0006 (7 ou 8). Mettre un espace entre 00166 W et le 0008, 0007 ou 0007.

Un autre registre comporte d'autres documents sans rapport avec les arrestations et un grand nombre de fiches individuelles dont la plupart sont plus ou moins en double sauf 6. Ce registre a la cote 616w225 et comporte 679 pages.
 
Un travail plus complet nécessiterait une aide de façon à exploiter davantage de registres et pour vérifier les saisies qui je m'en excuse peuvent comporter des erreurs que je m'emploierai à corriger si elles me sont signalées, en particulier quand il s’est agi d’éliminer les doublons. A ce jour j'ai dépouillé 45.859 pages.
  
J’ai relevé quelques documents sur  des rafles, des convois au départ de Nice et des faits de résistance qui m’ont permis de rédiger une synthèse de ce que j’ai parcouru.
 
Ces registres avaient été dépouillés en 1968 par M. J. Girard.

Serge Klarsfeld a par ailleurs relevé les noms des juifs transférés de Nice à Drancy avec leur date de départ de Nice et d'arrivée et en a comptabilisé 3778 (dont 554 pour le convoi du 1er septembre 1942 et 3224 du 17 septembre 1943 au 30 juillet 1944). Ces listes sont disponibles dans l'ouvrage publié en septembre 1993 intitulé "les transferts de juifs de la région de Nice vers le camp de Drancy".

Yad Vashem a comptabilisé 3655 personnes déportées à partir de Nice dont 411 enfants (voir Nice-Matin du 6 mai 2016 page 6).
 
Je me propose ici de mettre en valeur ces documents en mettant en ligne tous les noms des personnes arrêtées à Nice pendant l’occupation allemande figurant sur ces 3 registres qui couvrent la période de janvier 1943 à décembre1944.

L'occupant allemand a remplacé l'occupant italien. Il a paru intéressant d'exploiter l'ensemble des archives de 1942 à 1944. Cela a donné une nouvelle liste de 1325 personnes arrêtées par les italiens dont certaines ont été déportées par l'occupant allemand.
 
J’ai enregistré ce travail dans une base de données qui comporte à ce jour 4887 individus, après avoir éliminé les doublons. Il doit rester d’autres doublons - que je peux évaluer à une dizaine - mais ceci nécessiterait un travail méticuleux que je n’ai pas entrepris car ce travail est délicat d'autant que des personnes ont été arrêtées par erreur, car elles avaient le même nom que d'autres. L'erreur n'a la plupart du temps probablement jamais été réparée.



Conclusion

Pour ce qui concerne l'occupation allemande,d'après les documents archivés par les services de la Préfecture, environ un tiers des arrestations a concerné des juifs  (659 sur 2038) - dont 380 sur 659 étaient des juifs français -, aussi je pense que l’on ne peut pas dire que le gouvernement de Vichy ait protégé les juifs français car à Nice ils ont représenté la majorité des juifs arrêtés à Nice (57%).
​Le motif antisémite n'est pas a priori noté sur les fiches de renseignements, bien qu'il soit évident qu'il fut à l'origine des arrestations, donc le nombre de juifs arrêtés a été en fait largement sous-estimé.

D'après les documents que j'ai pu lire dans ces 3 dossiers, la question a dû faire débat mais finalement il n'y a eu aucune mesure prise pour sauver les juifs français qui étaient traités comme les autres (voir ce paragraphe plus loin).

Une note d'information datée du 27 septembre 1943 émanant des Renseignements généraux de Nice (166W7, page 881:883) indiquait "de bonne source, les juifs français ne seront pas inquiétés". Or sur 529 arrestations du mois de septembre 1943 pour lesquelles la date est connue, 382 ont concerné des français - dont 47 naturalisés pour avoir participé à la guerre 14-18 - soit plus de 72 % d'entre eux. Or, le service des renseignements généraux ne pouvait ignorer ces arrestations, était-ce du cynisme ou de la naïveté ?

Au total j'en enregistré 4887 personnes différentes dont :

  • 553 arrêtées en août 1942 par la police française et envoyés à Drancy (peu en sont revenus)
  • 1325 arrêtées par l'occupant italien du 11 novembre 1942 au 10 septembre 1943
  • 2902 arrêtées par l'occupant allemand du 11 septembre 1943 à décembre 1944
  • 105 arrêtées entre 1939 et le 10 novembre 1942 par la police française, sans compter la rafle d'août 1942
  • 2 arrêtées pour lesquelles aucune information n'a pu être trouvée



Evelyne Castelli, le  30 novembre 2014, modifié le 7 mai 2016

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